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L’Allemagne vient de produire les premières fioles d’un médicament fabriqué à partir de composants inutilisés de plasma recueilli au Canada. Fruit du Projet Récupération, ce médicament servira à traiter des milliers d’hémophiles dans les pays en développement.

« [Ce médicament] peut épargner beaucoup de douleur aux hémophiles et même, dans certains cas, leur sauver la vie », explique David Page, directeur général de la Société canadienne de l’hémophilie. « Il permettra de réaliser des opérations chirurgicales autrement impossibles, ne serait-ce qu’une ablation des amygdales ou de l’appendice. Dans certains pays, des enfants mourraient sans ce traitement. »

À l’échelle mondiale, environ une personne sur 10 000 est atteinte d’hémophilie, et près de 75 % des hémophiles ne sont pas traités adéquatement, quand ils le sont. Dépourvus d’une protéine de coagulation essentielle, les hémophiles peuvent souffrir d’hémorragies internes à la suite de blessures en apparence mineures. Les saignements articulaires et musculaires sont très douloureux et invalidants, et lorsque l’hémorragie touche un organe vital, le cerveau par exemple, elle peut être mortelle.

Les troubles hémorragiques sont traités au moyen d’une protéine sanguine, le facteur VIII. Au Canada, la majeure partie du facteur VIII utilisé est fabriqué grâce à une technologie de recombinaison génétique, sans plasma humain. Le reste est produit à partir du plasma que la Société canadienne du sang fait fractionner. Avant le Projet Récupération, tout ce qui n’était pas utilisé dans la fabrication était perdu.

Le projet, qui constitue une première mondiale, est une idée de la Société canadienne de l’hémophilie. L’organisation souhaitait qu’au lieu d’être jetés, les surplus de protéines plasmatiques profitent à des patients de pays en développement qui n’ont pas accès à des médicaments, ou très peu, et qui risqueraient autrement de mourir ou de souffrir d’incapacités graves. L’initiative réunit quatre partenaires, soit la Société canadienne du sang, les fabricants de produits plasmatiques Biotest et Grifols et la Fédération mondiale de l’hémophilie, laquelle assure la distribution du médicament. Le projet n’entraîne aucun coût pour les parties concernées, et les produits sont fournis aux patients gratuitement.

« Tout le monde y gagne », souligne Ian Mumford, directeur général de la chaîne d’approvisionnement à la Société canadienne du sang. « En plus d’aider des milliers de patients, ce projet nous permet de tirer le maximum des précieux cadeaux que nous font les donneurs chaque jour. »

On estime que 5 millions d’unités de facteur VIII seront distribuées au cours de la première année. Le médicament servira à traiter quelque 5 000 cas d’hémorragie articulaire, le symptôme le plus courant de l’hémophilie tant chez les enfants que chez les adultes.

Photo : iStockPhoto