Don et greffe d’organes et de tissus

Les gens voient Sherry Provis comme une héroïne, mais la principale intéressée affirme qu’elle n’a rien fait d’extraordinaire. Toutefois, pour sa famille – en particulier pour son père –, donner un rein n’a rien de banal.

En 2007, Peter Carruthers, le père de Sherry, apprend qu’il a une maladie rénale chronique. Il souffre de maux de tête intenses et ses jambes enflent tellement qu’à la fin de la journée, c’est à peine s’il peut marcher. Pour ses médecins, il n’y a qu’une solution : une greffe de rein.

À la suite du diagnostic, Peter commence la dialyse. Comme aucun membre de sa famille n’est un donneur compatible, on inscrit son nom sur une liste d’attente. Pour se préparer à une éventuelle greffe, Peter continue de soigner son diabète et, un an plus tard, il subit un triple pontage coronarien.

Parallèlement, les membres de sa famille découvrent l’existence du Programme de donneurs vivants jumelés par échange de bénéficiaires. Essentiellement, ce programme permet à des couples donneur-receveur non compatibles d’ajouter leur nom à une base de données en vue d’être jumelés à un autre couple et de créer ainsi une possibilité pour les deux receveurs d’obtenir un rein.

La mère de Sherry s’inscrit, mais comme elle est déclarée non admissible, Sherry prend la relève. « J’ai trois sœurs et je suis l’aînée. Nous avons eu une discussion et il a été décidé que je serais testée la première, explique Sherry. Si les choses n’avaient pas marché pour moi, l’une de mes sœurs aurait été la suivante. »

En octobre 2010, Peter et Sherry reçoivent l’appel : ils vont faire partie d’une chaîne de trois couples donneur-receveur à la fin de novembre. Sherry est impressionnée de voir comment les choses fonctionnent. Tandis qu’elle parcourt 2 000 km en avion jusqu’à Halifax pour donner un rein, Peter en reçoit un d’un autre donneur à Toronto, à moins d’une heure de chez lui.

Grâce au soutien de sa famille et de son employeur, Sherry se rétablit rapidement. Un peu plus d’un mois après l’opération, elle est de retour au travail. Peter met plus de temps à se remettre de la greffe, mais trois ans plus tard, son état continue de s’améliorer. Il est on ne peut plus heureux d’être débarrassé de son appareil de dialyse.

Pour Sherry, le moment le plus mémorable de tout le processus demeure celui où elle et sa famille ont appris que Peter n’avait pas rejeté le rein et qu’il allait s’en sortir.

Sherry est-elle une héroïne des temps modernes? Assurément. Néanmoins, elle reste humble : « Je ne cherche pas la reconnaissance, insiste-t-elle, je l’ai fait sans hésiter parce que c’était mon père. Ce qui est incroyable, c’est que j’ai pu aider deux personnes en même temps. »

photographie : Lorella Zanetti