Receveurs

Jody Mitic n’oubliera jamais le 11 janvier 2007. Maître-tireur d’élite au sein des Forces canadiennes déployées en Afghanistan, il subit ce jour-là de graves blessures dans l’explosion d’une mine terrestre. On doit lui amputer les deux jambes sous le genou. Sa convalescence, sa rééducation et son retour à une vie normale sont difficiles, entre autres parce qu’il doit s’habituer à marcher avec deux jambes artificielles. Deux éléments rendront toutefois son parcours moins pénible : les soins qu’il a pu recevoir grâce au sang de nombreux donneurs et l’infirmière qui a pris soin de lui au moment de son évacuation du terrain miné. Cette dernière deviendra d’ailleurs l’amour de sa vie et la mère de ses deux filles.

On pourrait croire qu’il s’agit du scénario d’un film hollywoodien, mais c’est en fait une histoire vraie. Le caporal-chef Jody Mitic n’était pas le premier soldat à être blessé dans l’exercice de ses fonctions, mais ce qui retient l’attention, c’est la suite de son histoire. Le natif d’Ottawa ne s’est jamais laissé abattre; au contraire, la perte de ses jambes lui a fait réaliser l’importance de profiter de chaque instant.

Cette passion renouvelée pour la vie l’a amené à participer, avec son frère, à la première saison de The Amazing Race Canada, une émission présentée à CTV dans laquelle des équipes de deux personnes s’engagent dans un incroyable rallye. Jody a réussi bon nombre des épreuves physiques et les frères Mitic ont terminé au deuxième rang de la compétition. Du coup, Jody a confondu tous ceux qui croyaient que ses jambes artificielles seraient un handicap.

Si Jody s’est associé avec son frère pour le jeu télévisé, dans la vie de tous les jours, il fait équipe avec Alannah Gilmore, l’infirmière qui a pris soin de lui le jour de l’explosion. Une fois de retour d’Afghanistan, Jody et Alannah se sont retrouvés et sont devenus un couple. Considérant ce qu’ils ont vécu et estimant tous les deux que la vie est trop courte, ils ont rapidement décidé de fonder une famille. « Notre priorité, c’est d’amener nos enfants à devenir de bonnes personnes. »

Pour Jody, cette nouvelle vie a débuté le jour de son accident. Les soldats qui échappent à la mort à la suite d’une grave blessure appellent cette journée « le jour de la seconde chance », mieux connu sous le nom anglais de « Alive Day ». Dans les discours de motivation qu’il prononce partout au pays, Jody parle de la transition vers le « nouveau Jody ». Il a d’ailleurs parlé de sa transformation à la cérémonie annuelle Honneur à nos bienfaiteurs, à laquelle il a participé à titre de conférencier invité.

« Les gens qui assistent à mes conférences sont motivés, encouragés. Ce qu’ils me disent, c’est qu’ils ont moins peur de ce qui peut leur arriver maintenant qu’ils savent ce qu’ils sont capables d’affronter. Ils voient ce qui m’est arrivé, les épreuves que j’ai traversées, et ils en retirent ce qu’ils veulent. »

À la soirée Honneur à nos bienfaiteurs, Jody a expliqué à l’auditoire – des donneurs, bénévoles, recruteurs et partenaires – qu’il avait dû recevoir beaucoup de sang après son accident. S’il est vivant aujourd’hui, dit-il, c’est en partie grâce à tous ces gens qui donnent du sang. Lui-même ancien donneur, il croit que tout le monde devrait se retrousser les manches.

« Si vous n’avez jamais donné de sang, faites-le! Les gens pensent que le sang est facilement accessible, mais ce n’est pas le cas, fait remarquer Jody. Tout le monde devrait donner du sang une fois par année. »

Grâce aux dons de sang, non seulement l’ancien caporal-chef vit maintenant une vie normale, mais il croque dedans à pleines dents! À peine 14 mois après son accident, il participait à une course de 5 km au profit de l’hôpital St-John’s de Toronto, où il a été soigné. Et en septembre 2009, il a couru un demi-marathon à Ottawa. Son leitmotiv? « Ne baisse jamais les bras ».

« Vous devez décider dès votre réveil que vous ne vous laisserez pas abattre. Dites-vous que vous n’abandonnerez pas, que vous ne penserez pas au côté négatif des choses et que vous allez faire de votre mieux. Apprenez à accepter votre journée telle qu’elle est. Votre attitude positive fera de vous une personne agréable à côtoyer. »

Avant de devenir une célébrité nationale en raison de sa « mission » à The Amazing Race Canada, Jody était déjà reconnu comme une figure inspirante. Ce récipiendaire de la Médaille du sacrifice a porté le flambeau olympique dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver de 2010 à Vancouver et a rencontré la Reine Elizabeth lors de sa récente visite à Ottawa.

Infatigable, Jody a réappris à faire de la planche à neige et a obtenu son brevet de plongée. Adepte de moto, il aimerait bien faire de la course. Il souhaite aussi participer à un triathlon Ironman, écrire un livre, avoir une émission de télévision, faire du saut à l’élastique et du parachutisme. Rien que ça! À l’heure actuelle, il s’entraîne pour faire partie de l’équipe canadienne de para-aviron.

Sa détermination et son enthousiasme l’ont conduit à cofonder Never Quit (« ne baisse jamais les bras »), une fondation qui recueille des fonds au profit des enfants amputés ainsi que des soldats, policiers, pompiers et ambulanciers blessés dans l’exercice de leurs fonctions.

« Ça fait du bien d’aider les autres, souligne Jody. Je me fais une joie de voir quelqu’un sourire et avoir du plaisir. Je veux continuer d’aider les gens, que ce soit en faisant de la télévision, de la radio ou en écrivant des livres. »

En plus d’être un conférencier inspiré et inspirant, Jody est un ambassadeur de Sans limites, une organisation qui encourage les membres retraités ou actifs des Forces canadiennes souffrant d’une blessure ou d’une maladie, visible ou non, à participer à des activités sportives ou récréatives.

L’ancien militaire a beaucoup de réalisations à son actif et de gros projets à venir, mais il reste que le plus important pour lui est d’être là pour sa famille et de profiter de la vie. Lorsqu’on lui demande ce qui le motive, il répond sans hésiter : « Mes enfants, ma famille, les gens qui comptent sur moi. Et moi-même. Je me suis promis de ne plus jamais tenir la vie pour acquise. Avant, je me concentrais sur mon travail et je ne pensais qu’à moi; je ne prêtais pas beaucoup attention au reste du monde. Aujourd’hui, je vois ce qu’il y a autour; le ciel bleu, les papillons, mes enfants qui jouent, la drôle de face de mon chien… Je chéris ces moments. »

Photographie : Colin Rowe