Santé

Parfois, le simple fait de tendre le bras pour prendre la télécommande du téléviseur nous semble pénible. Alors imaginez escalader une montagne! Selon trois employés de la Société canadienne du sang qui ont participé à l’ascension du mont Kilimandjaro l’été dernier, il n’est pas donné à tout le monde d’escalader des montagnes, mais, croient-ils, la plupart des gens peuvent trouver en eux la motivation nécessaire pour faire plus d’exercice.

Tim Williams, spécialiste régional des partenariats à Ottawa, a fait partie de l’équipe de 25 personnes qui ont escaladé le plus haut sommet d’Afrique en vue de financer la banque publique nationale de sang de cordon dans le cadre de la campagne Pour tous les Canadiens.

D’entrée de jeu, Tim confesse qu’il est loin d’être un alpiniste. « Je ne suis pas non plus un marathonien ni même quelqu’un qui va régulièrement au gym » , dit-il. Pour se préparer à l’ascension, Tim a surtout travaillé à accroître sa force et sa capacité cardiovasculaire, entre autres en passant du temps sur le tapis roulant.

« Aussi, comme j’habite dans la campagne ontarienne, il m’était facile de trouver de longs sentiers où m’entraîner. Je promenais les enfants dans une poussette de jogging ou je les tirais derrière mon vélo de montagne; ça me faisait une charge de 25 à 35 kilos, raconte Tim. Mes enfants ont joué un rôle important dans mon entraînement; ils m’ont aidé à puiser en moi la motivation dont j’avais besoin pour réussir.

« Je portais mes nouvelles bottes et mon équipement de randonnée pour m’assurer que je serais à l’aise pendant l’expédition. C’est un entraînement plutôt inhabituel. Mes voisins ont bien rigolé de me voir tondre la pelouse dans mes bottes de randonnée. Je les portais tout le temps! »

Tanya Petraszko, médecin consultante au bureau de la Société canadienne du sang à Vancouver, a suivi le même genre d’entraînement.

« Je suis généralement très active et je fais beaucoup d’exercice, mais je n’avais pas de temps supplémentaire pour m’entraîner, explique Tanya. J’ai commencé à courir plus longtemps et à faire de la randonnée pédestre régulièrement. Toutes les occasions étaient bonnes pour faire une randonnée de plus. Et quand j’étais avec les enfants, on faisait de la randonnée à pied ou à vélo. Ce n’était pas nouveau, mais comme je m’entraînais pour le “Kili”, ils rouspétaient beaucoup moins. »

De son côté, la Dre Heidi Elmoazzen, directrice de la banque de sang de cordon, croit que ce qui l’a aidée dans son rituel d’entraînement, c’est de ne pas trop savoir ce qui l’attendait.

« J’ai fait très peu de lectures ou de recherches sur l’ascension comme telle. Je ne voulais pas avoir d’idées préconçues, explique-t-elle. Je me suis entraînée pour avoir la capacité physique de faire l’ascension. J’ai fait beaucoup de randonnées dans le parc de la Gatineau et j’ai aussi fait de la musculation en plus d’ajouter des séances de marche et de jogging à mon horaire pour améliorer ma capacité cardiovasculaire. J’ai toujours été passablement active. Je joue au soccer et je fais du zumba [une forme de danse exercice] régulièrement, alors je n’ai pas eu trop de difficulté à suivre le programme d’entraînement. »

Toutes ces heures d’exercice et d’entraînement ont porté leurs fruits pour les trois alpinistes en herbe.

Habituée au Grouse Grind, un sentier sportif très escarpé de Vancouver, Tanya a même trouvé l’ascension plus facile que ce qu’elle aurait cru. « C’était beaucoup plus facile que le Grind », assure-t-elle.

« Ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais », lance pour sa part Heidi. « L’ascension m’a sorti de ma zone de confort, mais je suis tellement heureuse d’avoir participé à cette formidable aventure! »

Le plus gros obstacle a sans doute été l’altitude.

« Il fallait une bonne préparation mentale pour lutter contre les effets de l’altitude, confirme Tim. Mais comme on s’entraidait et qu’on avait du plaisir ensemble, on est passé au travers. Le jour qui a vraiment mis notre entraînement à rude épreuve est celui où nous avons atteint le sommet. En une seule journée, nous sommes passés de 4 725 à 5 895 mètres, puis nous sommes redescendus à 4 725 mètres. »

Que conseillent ces trois grimpeurs à ceux d’entre nous qui lisent cet article sur le divan en lorgnant la télécommande du coin de l’œil?

« Vous n’avez pas envie de faire de l’exercice? Jouez un tour à votre cerveau, suggère Tanya. Enfilez vos vêtements d’exercice et sortez dehors en vous disant que vous allez seulement faire un petit tour chez le voisin ou chercher le journal au dépanneur. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, le plus difficile est de faire le premier pas. Une fois dehors, il est facile de se motiver à faire une petite promenade ou un peu de jogging. »

« Chaque petite chose compte, ajoute Heidi. Vous pouvez faire des redressements assis ou des flexions des jambes [squats] en regardant la télévision, ou prendre l’escalier au lieu de l’ascenseur. Les gens croient souvent qu’ils doivent passer des heures au gym pour se tenir en forme, mais à mon avis, il vaut mieux privilégier la qualité que la quantité. Trouvez quelque chose que vous aimez faire et n’abandonnez pas! »

Une compétition amicale ne peut pas faire de mal non plus. « Entraînez-vous avec un ami, c’est plus agréable. Et si vous ne pouvez pas vous entraîner ensemble, entraînez-vous séparément et lancez-vous mutuellement des défis », suggère Tanya. Tim confirme les effets positifs de l’exercice : « Me mettre en forme pour le Kilimandjaro a été très gratifiant, dit-il. Après mes séances d’entraînement, je me sentais toujours merveilleusement bien, mentalement et physiquement ».

Le fait d’imaginer comment on se sentirait si on ne pouvait pas faire d’activité physique peut être en soi une source de motivation.

« On oublie facilement que bien des gens ne peuvent pas faire de l’exercice, observe Tanya. Pensons seulement aux patients atteints de leucémie qui attendent une greffe. Escalader le Kilimandjaro n’est rien à côté de la bataille que livrent ces gens. »

« Si vous êtes capable de bouger, profitez de ce beau cadeau; ça ne peut qu’être bénéfique pour votre santé. »

Photographies : Robin Hibberd et Graham Sher