Donneurs

 Certaines personnes se rassemblent une fois par semaine pour apprendre les derniers potins en sirotant un café; d’autres se réunissent pour boire une bière. Harold « Sandy » Sanford prend une bière avec ses amis militaires tous les jours, mais il se fait aussi une loi de remplir un sac de plasma par semaine.

Tous les mardis, à 10 heures précises, il enfourche son vélo pour se rendre à l’établissement de collecte d’Halifax.

« C’est à moins de deux kilomètres. À l’aller, ça descend et, au retour, ça monte, dit-il en riant. Mais j’aime bien y aller et j’ai du plaisir à rencontrer les gens. »

Le mardi 5 mars, Harold est entré tranquillement dans l’établissement pour son rendez-vous hebdomadaire habituel. Il était accompagné de son fils Robert, qui avait également un rendez-vous.

Ça aurait pu n’être qu’une visite de routine, mais ce jour-là, Harold faisait son 1 000e don.

Le tandem a été accueilli par des journalistes locaux, qui étaient là pour consigner l’événement. Ce n’était pas une mince affaire; Harold est l’un des cinq Canadiens à avoir atteint ce cap et, à 80 ans, bien qu’il ait l’air étonnamment alerte, il est le plus âgé du groupe.

Il doit y avoir quelque chose dans l’air en Nouvelle-Écosse, car trois des cinq donneurs qui ont franchi cette étape sont de cette province. Jim Lord en est un autre. Selon Harold, il était le meneur des donneurs jusqu’à son 70e anniversaire. Il a ensuite perdu deux ans en possibilités de dons à cause de la politique de la Société canadienne du sang sur l’âge limite des donneurs (cette politique a été éliminée en 2004).

« L’âge ne fait pas une grande différence. Ce n’est pas une affaire réservée aux jeunes personnes. Tout le monde peut donner et je pense que tout le monde le devrait », estime Harold.

Un peu comme une scène que l’on pourrait observer à un café du quartier, Harold et les autres habitués bavardent pendant qu’ils remplissent leur sac de plasma. L’établissement est empreint d’une atmosphère familiale et l’échange de plaisanteries avec les infirmières ne se tarit pas.

« Je suis toujours heureuse de voir nos habitués franchir la porte, commente l’infirmière Barb Cunningham. Les gens dévoués comme Harold sont très motivés à l’idée de donner et d’aider ceux qui en ont besoin. »

En ce jour de mars, Robert, le fils d’Harold, faisait son 690e don. Il disait en plaisantant qu’un jour il dépasserait le nombre total de dons de son père. Harold est bien d’accord avec ça, car le don de sang est une tradition familiale que l’on entretient depuis plus de 50 ans.

« Je donne du sang principalement parce que quand j’étais plus jeune, ma mère a eu besoin d’une transfusion lors d’une chirurgie. Cette transfusion lui a sauvé la vie, ce qui nous a donné 15 ou 20 ans de plus auprès d’elle… Alors, pourquoi ne pas donner pour que d’autres aient la même chance? »

Sa mère a commencé à donner du sang après son opération et a encouragé ses enfants à faire de même. Bien que ses deux frères et sa sœur soient devenus donneurs, Harold est le seul qui continue de le faire régulièrement.

« Les Sanford font en quelque sorte partie de la royauté des donneurs de sang, avance Peter MacDonald, directeur des services aux donneurs et de la gestion des collectes pour l’Atlantique. Pensez seulement aux nombreuses vies qu’ils ont sauvées au fil des ans grâce à leur engagement et à leur dévouement. Harold fait partie des meubles de cet établissement. Ça se voit juste à la façon dont il interagit avec le personnel. »

Harold se sent très honoré que l’on souligne son 1 000e don de cette manière. Il est aussi très heureux de la publicité, car cela encourage d’autres personnes à donner. Il dit que le jour suivant la diffusion du reportage dans les médias locaux, au moins trois personnes qui l’avaient vu sont venues à l’établissement pour faire un don.

« Je pense que c’est une bonne chose que j’aie au moins atteint cet objectif, dit-il. Ma mère serait fière de moi. Je suis fier d’elle et je suis convaincu que ce que je fais lui plaît. »