Le mot du Dr Sher

Dr. Graham Sher

Tout commence par une étincelle. Parfois, l’idée vient d’une publicité à la télé ou d’une affiche qu’on voit tous les jours sur un abri d’autobus mais qu’on remarque tout à coup pour la première fois. Parfois, l’idée naît pendant qu’on écoute la radio; une minute, on chante en chœur avec la vedette de l’heure, et l’instant suivant, un message publicitaire se fraie un chemin jusqu’à notre cerveau, nous rappelant ce quelque chose qu’on s’était promis de faire mais qu’on n’a pas trouvé le temps de mettre à l’agenda.

Et puis il y a ces fois où l’idée ne vient pas de nous du tout. Un appel qui nous réveille en pleine nuit, forcément porteur d’une mauvaise nouvelle. Une visite chez le médecin, dont le regard nous dit que notre vie ne sera plus jamais la même…

Vous êtes sans doute nombreux à avoir vu les annonces ou les messages publicitaires de notre dernière campagne de recrutement. Depuis juin 2011, la Société canadienne du sang invite les Canadiens à agir « ensemble pour sauver des vies ». La campagne nous rappelle qu’un petit geste peut compter pour beaucoup dans la vie d’une personne.

Les gens savent maintenant qu’il faut jusqu’à cinq dons par semaine pour soutenir un patient atteint d’un cancer et jusqu’à 50 donneurs pour soigner une victime de la route. Peut-être connaissez-vous l’un de ces patients ou même êtes-vous l’un de ces accidentés. L’information est accessible, mais comment se traduit-elle pour le commis de magasin à Moncton, au Nouveau-Brunswick, l’enseignante de maternelle à Kenora, en Ontario, ou le comptable à Surrey, en Colombie-Britannique?

Le Canada est tellement grand et sa population, tellement diversifiée qu’on se demande parfois comment nous arrivons à accomplir autant. La réponse réside certainement dans ces fils qui nous lient malgré nos différences, qu’on parle de croyances religieuses, d’origines ethniques, de situations socio-économiques ou encore de formation professionnelle. Avez-vous déjà essayé de déchirer un annuaire téléphonique? S’il est possible d’arracher facilement une page ou deux, il est quasiment impossible de déchirer l’annuaire en deux. Pourquoi? Parce que le nombre de pages fait la force de l’ensemble.

Lorsque la force du nombre s’applique à une population, il n’y a rien qui ne puisse être surmonté. Un exemple : lorsqu’un Canadien souffre de leucémie, que sa vie tient à une greffe de poumon ou dépend de multiples unités de sang suite à un accident de la route, la communauté s’élargit et l’aide vient de partout, suffisamment puissante pour surmonter les différences et apporter le soutien nécessaire.

Le concept de la force du nombre n’a rien de nouveau. Il est bien connu qu’on peut accomplir davantage à plusieurs que seul. La vie aujourd’hui est rapide, souvent très complexe. Sollicités de toutes parts, on en vient parfois à oublier ce qui compte vraiment. Jusqu’au jour où, au volant de notre voiture, on entend cette dame à la radio. Elle explique qu’il faut jusqu’à deux donneurs par jour pour aider un patient subissant une greffe de moelle osseuse. Parfois, tout ce qu’il faut, c’est cette petite étincelle.