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On conjugue souvent enfance et insouciance, les enfants n’ayant à se préoccuper de rien d’autre que de rire et de chanter. Mais pour la petite Alysha Dykstra, les rires et les chansons ont très tôt cédé la place au « bip » des machines d’hôpital.

En 2008, alors qu’Alysha n’avait que quatre ans, les médecins lui ont diagnostiqué une rare forme de leucémie. S’en est suivi pour la fillette une série de traitements-chocs à l’hôpital pour enfants McMaster de Hamilton, en Ontario. Mais les traitements n’ont pas donné les résultats espérés et Alysha a été transférée à l’hôpital pour enfants de Toronto. Quelque temps plus tard, en juin 2009, on lui a greffé des cellules souches provenant du sang ombilical d’une donneuse non apparentée.

Le 5 novembre dernier, Alysha — qui a maintenant huit ans et ne souffre plus du cancer — était à Ottawa avec sa famille pour participer à l’annonce d’une grande nouvelle : l’ouverture du premier centre de collecte de la future banque publique nationale de sang de cordon ombilical. Fruit d’une collaboration entre l’Hôpital d’Ottawa et la Société canadienne du sang, le centre de collecte d’Ottawa recevra ses premiers dons en juin prochain. L’accord de partenariat vise à la fois la phase actuelle de validation, qui consiste à vérifier que le matériel et les processus sont au point afin de garantir la sécurité des patients et des donneurs, ainsi que la phase de collecte opérationnelle du programme, à savoir celle du don et du stockage des cellules souches de sang de cordon en vue de leur greffe au Canada ou à l’étranger.

L’histoire d’Alysha démontre que le programme nécessite la participation des nouvelles mères de la région d’Ottawa pour les deux volets du programme. À l’heure actuelle, au Canada, près d’un millier de patients attendent un donneur de cellules souches. Dans environ 50 % des cas, aucun donneur n’est compatible.

Le besoin est encore plus criant chez les patients autochtones, noirs ou d’origine multi-ethnique. Ces patients ont plus de chances de trouver un donneur compatible parmi les donneurs d’origine semblable, qui malheureusement ne sont pas assez nombreux.

La banque publique de sang de cordon ombilical constituera une source supplémentaire de cellules souches et contribuera, par le fait même, à accroître les possibilités de jumelage donneur-receveur.

La Société canadienne du sang continue de travailler en collaboration avec des organismes de communautés ethniques, dont l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada. Pour la présidente de l’Association, la Dre Evelyn Voyageur, « il est très important de sensibiliser la population autochtone aux besoins de la banque publique de sang de cordon ombilical. Il faut que nos patients aient accès à des donneurs qui pourront les aider à recouvrer la santé, plaide-t-elle. Le registre de cellules souches compte seulement 0,9 % de donneurs inuits, métis ou membres des Premières Nations; compte tenu de ce faible pourcentage, il est difficile de trouver un donneur pour nos 13 patients autochtones ».

Faisant écho à l’importance d’avoir des donneurs de toutes les origines, le Dr Graham Sher, chef de la direction de la Société canadienne du sang, qualifie la banque publique de sang de cordon « d’investissement à long terme dans les soins de santé au Canada ».

« L’objectif, dit-il, est d’accroître les possibilités de greffe pour les patients canadiens en offrant une banque de sang de cordon représentative de la diversité ethnique grandissante du Canada. Notre partenariat avec l’Hôpital d’Ottawa constitue un effort concerté pour combler le fossé actuel en donnant un espoir renouvelé aux patients en attente d’une greffe de cellules souches. »

Faisant partie des 14 centres de greffe de cellules souches au Canada, l’Hôpital d’Ottawa continue de placer les soins des patients au cœur de ses priorités. Le Dr Jack Kitts, président-directeur général de l’Hôpital, souligne que les cellules souches provenant de cordons ombilicaux entraînent moins de complications chez les patients.

« Utiliser des cellules souches provenant de sang ombilical réduit les risques d’infections virales potentiellement mortelles chez les receveurs non apparentés aux donneurs, observe-t-il. En règle générale, le sang de cordon est jeté après l’accouchement, mais s’il était remis à une banque publique de sang de cordon, il pourrait contribuer à sauver une vie. »

Une vie comme celle de la jeune Alysha Dykstra. « Si Alysha n’avait pas reçu une greffe de sang de cordon, nous serions sans doute en train de vivre quelque chose de totalement différent », conclut sa mère Karen.