Receveurs

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Stella Raco est, selon ses propres mots, « la femme que le monde a sauvée ». Si cela vous paraît un peu fort, lisez donc son histoire pour vous en convaincre.

À 29 ans, Stella a appris qu’elle avait un cancer du sein. Elle a alors subi une chimiothérapie et une radiothérapie. En juin 2008, les médecins constataient la rémission de la maladie avant de découvrir, un an plus tard, une tache au niveau d’une côte à l’IRM. Des métastases s’étaient formées dans la moelle osseuse. En octobre 2009, on lui diagnostiquait un cancer au stade 4…

Entre mars et octobre 2010, elle a reçu deux transfusions de deux unités de globules rouges. « Je me rappelle très bien de la première transfusion, raconte-t-elle. J’avais tellement peur! Je ne savais pas du tout comment j’allais réagir, mais ça s’est finalement très bien passé. La transfusion m’a fait énormément de bien. Je me suis sentie comme avant. J’avais retrouvé mon énergie, j’avais retrouvé le sourire et je me sentais de nouveau d’attaque. »

En janvier 2011, Stella devait avoir une autre transfusion, mais les médecins ont tout arrêté quand ils se sont aperçus que son système immunitaire fabriquait des anticorps contre un antigène du sang transfusé. Cet antigène est pourtant extrêmement courant. Il n’y a dans le monde entier que quelques individus qui ne le possèdent pas et y réagissent.

Des 415 000 donneurs de la Société canadienne du sang, un seul était compatible avec Stella, et il n’était pas disponible. Stella était très gravement anémiée : son taux d’hémoglobine oscillait autour de 60 g/l, alors que le taux normal pour une femme de son âge est supérieur à 125 g/l.

Des concentrés de globules rouges répondant aux besoins extrêmement particuliers de Stella ont donc été retirés des congélateurs. Vu son état, l’équipe torontoise de la Société canadienne du sang a toutefois rapidement réalisé qu’il fallait chercher une solution en dehors des frontières du Canada. Au début du mois de mars, Andree Smith, la responsable de la gestion des produits dans le centre de l’Ontario, s’est adressée aux services sanguins américains, britanniques, français et australiens en vue de trouver des donneurs, mais en vain. Elle a également contacté la Croix-Rouge finlandaise qui connaissait justement un donneur compatible disposé à faire un don le lendemain même. Quelques jours plus tard, son sang était en route vers Toronto pour être transfusé à Stella.

Les services britanniques et français possédaient quelques rares unités de sang congelées et les auraient bien expédiées au Canada, mais ils avaient été obligés de les importer du Japon. Un médecin japonais s’intéressant à l’antigène en question avait mis au point une méthode de sélection et trouvé un pool de donneurs dans son pays.

Comme il était de plus en plus évident que Stella aurait encore besoin de sang, le Dr Robert Skeate, directeur médical adjoint de l’établissement de collecte de Toronto, s’est adressé à un médecin de la Croix-Rouge japonaise à Osaka en vue de trouver des donneurs compatibles. Ils en trouvèrent deux, mais, le jour où ils devaient venir faire un don, le Japon a été secoué par un séisme d’une magnitude de 8,9 sur l’échelle de Richter, suivi d’un tsunami qui a gravement endommagé plusieurs centrales nucléaires. Les pertes humaines et matérielles étaient considérables.

Le Dr Skeate a transmis ses condoléances par courriel à ses confrères japonais et leur a proposé son aide. Après quelques jours de silence et d’angoisse, il a enfin reçu une réponse. Les médecins japonais le remerciaient de sa compassion tout en l’informant que le sang des donneurs avait été recueilli. Il ne leur restait plus qu’à savoir à quelle adresse l’expédier. Le sang est arrivé à Toronto en pleine tempête de neige.

Stella suit encore une chimiothérapie, mais sa moelle osseuse peut maintenant produire ses propres cellules sanguines, ce qui lui permet de recevoir des autotransfusions. « Je ne trouve pas les mots pour exprimer tout ce que ces inconnus représentent pour moi. Ils m’ont sauvé la vie. Les donneurs japonais vivaient un véritable drame dans leur propre pays, mais ils sont tout de même allés donner du sang. Je leur suis immensément reconnaissante », a-t-elle déclaré.

« J’étais à l’article de la mort au début de l’année dernière, et maintenant je suis en pleine forme, a-t-elle ajouté. Cela a pris du temps pour que la chimiothérapie fasse effet, mais les transfusions m’ont permis de survivre jusqu’à ce que mon corps puisse fabriquer du sang par lui-même. »

Le Dr Skeate est, quant à lui, heureux d’avoir pu jouer un petit rôle dans cette formidable histoire. « On a traversé une vraie tempête, dans tous les sens du terme. Tout ce qui pouvait mal se passer s’est effectivement mal passé… mais l’essentiel a bien fonctionné grâce à la générosité de donneurs de plusieurs pays ainsi qu’à l’énergie et aux compétences de l’équipe de Toronto. »

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