Recherche-développement

Grâce au Dr Heyu Ni et à son équipe de recherche de la Société canadienne du sang, les femmes qui ont fait des fausses couches dont la cause était demeurée obscure pourraient bientôt bénéficier d’une explication. Il y aura peut-être même un traitement disponible incessamment. Les chercheurs, qui mènent leurs études à l’hôpital St. Michael’s de Toronto, ont découvert que le type de caillot sanguin pouvant causer des crises cardiaques ou des accidents vasculaires cérébraux peut aussi s’avérer fatal pour les fœtus.

Les résultats de recherche suggèrent que de gros coagulums peuvent se former dans le placenta lorsque la mère produit des anticorps qui s’attaquent aux plaquettes de son enfant. L’hémorragie qui s’en suit est appelée thrombopénie materno-fœtale et néonatale allo-immune. L’incidence de cette affection est de l’ordre de 1 cas sur 1 000 naissances. Elle peut causer des hémorragies cérébrales chez les fœtus ou les nouveau-nés et entraîner une déficience neurologique ou la mort dans les cas les plus graves. Pour l’instant, la science nous apprend peu de choses sur les fausses couches causées par cette pathologie. 

« Cinquante pour cent des grossesses n’arrivent pas à leur terme naturel. Nos recherches pourraient apporter une explication à ce problème. En outre, les traitements que nous avons mis au point pourraient se révéler efficaces contre l’avortement spontané », avance le Dr Ni.

Le Dr Ni et son équipe ont réussi à identifier un antigène causant des fausses couches chez plus de 83 % des souris. Les antigènes sont des protéines que les anticorps attaquent estimant que ce sont des substances étrangères comme des bactéries ou des virus. Les fœtus ont des caractéristiques génétiques des deux parents et parfois les anticorps de la mère peuvent s’en prendre aux plaquettes héritées du père.

« Nous avons découvert non seulement que les anticorps détruisent les plaquettes mais aussi qu’il se forme de gros caillots de sang suite à ces attaques. Ces caillots détruisent le placenta et empêchent le transfert de sang de la mère vers le fœtus », ajoute le Dr Ni.

Les chercheurs ont réussi à mettre au point deux traitements pour prévenir la formation de caillots dans le placenta. Une façon de faire consiste à transfuser des immunoglobulines intraveineuses, un composant du plasma déjà utilisé pour traiter plusieurs maladies auto-immunes. Selon le Dr Ni et son équipe, il est aussi possible de transfuser un anticorps qui empêche les anticorps de la mère de traverser le placenta et d’attaquer le fœtus. Les résultats de leurs recherches ont été publiés dans l’édition de novembre du prestigieux Journal of Clinical Investigation.

« De nombreux chercheurs réputés peuvent très bien faire carrière toute leur vie sans jamais parvenir à découvrir quoi que ce soit digne de publication dans le Journal of Clinical Investigation. C’est un honneur pour le Dr Ni et la Société canadienne du sang », déclare le Dr William Sheffield, directeur associé de recherche et chercheur principal à la Société canadienne du sang et professeur de médecine moléculaire et de pathologie à l’Université McMaster.

L’équipe du Dr Ni travaille maintenant en collaboration avec des cliniciens pour déterminer si les traitements testés sur des souris peuvent se révéler aussi efficaces sur des fœtus humains.