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Il y a quelqu’un que j’aimerais remercier, quelqu’un dont je ne connais ni le nom, ni l’âge. Quelqu’un que je n’ai jamais rencontré, mais à qui je serai éternellement reconnaissante.

En juillet, ma mère a appris qu’elle souffrait d’une leucémie myéloïde aiguë, une forme agressive de cancer contre laquelle elle n’avait, à 76 ans, tout simplement pas le courage de se battre. Elle aurait dû être hospitalisée pendant un mois pour recevoir une chimiothérapie intensive dont les effets auraient d’ailleurs peut-être été plus néfastes que la maladie elle-même, mais elle a préféré privilégier sa qualité de vie.

Nous ne nous attendions pas à une telle nouvelle, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle était allée faire de la randonnée avec mon père en Angleterre en mai et avait assisté à des mariages à Winnipeg et Edmonton en juin. Elle avait dit se sentir plus fatiguée que d’habitude, mais rien de plus. À la mi-juillet, une batterie de tests allait révéler ce qui n’allait pas.

La maladie a évolué rapidement. Après seulement quelques semaines, ma mère ne pouvait plus sortir du lit par ses propres moyens, avait du mal à marcher et ne pouvait plus se lever de sa chaise sans l’aide de mon père. Elle dormait beaucoup plus qu’elle ne le souhaitait, parfois sans s’en apercevoir, et devait souvent lutter contre le sommeil.

Elle ne s’est jamais plainte, mais je sais que cette perte soudaine d’autonomie la frustrait. Toujours au service des autres, elle n’était pas habituée à ce que l’on prenne soin d’elle.

Au début de sa maladie, elle avait exprimé par écrit la volonté de ne pas être réanimée si son état venait à se détériorer gravement. Elle voulait passer le temps qu’il lui restait avec ses proches et, peut-être, aller une dernière fois écouter le bruit des vagues sur le bord du lac. Mais la leucémie l’en empêchait.

Puis un miracle s’est produit.

Au mois d’août, ma mère devait faire l’objet d’une transfusion sanguine. J’ai demandé au personnel infirmier si elle se sentirait mieux par la suite. Je voulais être certaine que les cinq heures qu’elle passerait à l’hôpital en vaudraient la peine. On m’a assurée que cette transfusion aiderait ma mère. J’ignorais alors les bienfaits qu’elle aurait non seulement sur elle, mais sur tout son entourage.

Je l’ai observée au cours des jours suivants. J’ai espéré. Mais à ma grande déception, son état ne semblait pas beaucoup s’améliorer. Elle ne répondait peut-être pas aussi bien à la transfusion que l’équipe médicale le prévoyait.

Ce n’est qu’au bout d’une semaine que nous avons remarqué des changements. Elle arrivait à se lever de sa chaise sans trop de mal. Sa voix était plus forte. Elle souffrait moins, souriait plus. Elle marchait et parlait davantage et passait plus de temps avec ses proches. Elle est même allée casser la croûte près du lac avec mon père.

Elle était si heureuse. Son état s’était amélioré à un point tel que j’envisageais d’écourter mon congé et de reprendre le travail pendant un certain temps. Je débordais d’enthousiasme.

Vous qui avez fait don du sang que ma mère a reçu, qui que vous soyez, je tiens à vous remercier du plus profond de mon cœur. Vous avez redonné une mère à ses trois enfants, et une grand-mère à ses petits-enfants. Vous avez permis à mon père de vivre d’autres magnifiques moments avec la femme qu’il aimait depuis 52 ans. À mon oncle, vous avez redonné une sœur, à mes cousins, une tante. Et ses voisins, qu’elle connaissait depuis une trentaine d’années, ont eu quelques semaines de plus pour se remémorer de beaux souvenirs avec elle.

Si l’on ajoute à cette liste les nombreuses personnes que ma mère a connues par son engagement bénévole, dans ses cours de conditionnement physique ou lors de ses voyages au Canada et en Angleterre, des personnes qui ont été heureuses et soulagées de pouvoir la revoir ou entendre de nouveau sa voix, les effets bienfaisants de votre geste deviennent incalculables.

La petite heure que vous avez consacrée au don de sang a non seulement aidé ma mère, mais elle a procuré un grand réconfort aux centaines de personnes qui la chérissaient. Vous avez ralenti le temps et nous avez permis de jouir de quelques semaines de plus avec cette femme à laquelle tant de nos souvenirs étaient rattachés. Ce que nous vous devons est impossible à imaginer.

J’aimerais vous dire qu’elle a reçu d’autres unités de sang et que nous continuons de l’aider à combattre sa maladie… Ma mère est malheureusement décédée le 20 septembre. Elle n’a passé que quelques jours à l’hôpital et nous étions là, près d’elle, lorsqu’elle a rendu son dernier souffle. Elle nous a quittés paisiblement.

Je n’avais jamais donné de sang auparavant. L’idée de me faire piquer ne me plaisait pas particulièrement et, de toute façon, j’étais trop occupée. De belles excuses… Je me rassurais en me disant que d’autres apportaient leur contribution.

Plus jamais je ne verrai les choses de cette façon. Ayant vu le grand nombre de vies que le don de sang pouvait transformer, je me suis engagée à fond pour cette cause. Après le décès de ma mère, j’ai demandé à mes collègues et mes amis de donner du sang plutôt que d’envoyer des fleurs. Le don de sang permet à des malades de retrouver la santé et de vivre d’autres moments de bonheur avec leurs proches. Et quand il s’agit d’une personne qui nous est chère, il devient le cadeau le plus précieux que l’on puisse faire.

Si vous avez déjà donné du sang, je vous exprime toute ma gratitude. Peut-être est-ce grâce à votre don qu’il m’a été donné de partager d’autres journées inoubliables avec la femme que j’aimais le plus au monde. À vous qui nous avez donné ces précieuses semaines avec elle, je vous redis mon éternelle reconnaissance. Votre don a changé nos vies à jamais.