Recherche-développement

Le sang. Demandez à un enfant de quatre ans ce qu’est le sang et il vous dira que le sang est « rouge et qu’on le voit lorsqu’on s’égratigne un genou ». Posez la même question à un étudiant de première année de biologie, et il pourrait vous répondre : « Le sang transporte l’oxygène. Il existe di-vers groupes sanguins : A, B, AB et O. » Si on interroge un patient qui reçoit régulièrement des transfusions, il pourrait répondre : « Il me garde en vie, mais peut aussi me causer des malaises. »

Même si tous ces énoncés sont vrais, ils ne disent pas tout sur le sang. En effet, les hématies sont rouges, transportent de l’oxygène et se caractérisent par la présence ou l’absence des antigènes ABO et D (facteur rhésus), les principaux antigènes des groupes sanguins que la plupart des gens connaissent. Ce que la majorité ignore, c’est qu’il existe des centaines d’autres antigènes qui peuvent parfois déclencher une réaction indésirable chez les patients qui reçoivent des transfusions répétées. C’est ce qui se produit quand l’organisme des patients fabrique des anticorps qui reconnaissent et attaquent les antigènes présents dans le sang du donneur. En plus d’entraîner de la fièvre et des malaises, cette réaction signifie qu’il y aura de moins en moins de donneurs de sang compatibles avec ce patient.

Dans le but de contrer ce problème et d’améliorer la sécurité transfusionnelle, la Société canadienne du sang finance des recherches depuis près d’une décennie sur une méthode permettant de camoufler la surface des globules rouges du donneur et de les rendre ainsi invisibles pour le système immunitaire du transfusé afin de limiter le risque de réaction immunitaire chez ce dernier.

Ces globules rouges « furtifs » sont fa-briqués en collant chimiquement un composé appelé méthoxy-polyéthylène glycol à la membrane de la cellule. Ce composé cache alors physiquement les antigènes érythrocytaires et empêche le système immunitaire du receveur de les déceler et donc d’y réagir. Il s’agit d’un composé sûr et non toxique couramment employé en médecine et dans l’industrie alimentaire. 

Des expériences menées sur des globules rouges d’humains et de souris ont montré que cette technique permet de camoufler efficacement la plupart des antigènes érythrocytaires et prévient le déclenchement dans l’organisme du receveur d’une réaction immunitaire, c’est-à-dire la production d’anticorps. Des études ont également indiqué que ces cellules camouflées transportent l’oxygène et circulent dans le corps aussi longtemps que les globules rouges ordinaires.

Si nous parvenons à appliquer cette technique aux transfusions humaines, ces dernières pourraient devenir beaucoup plus sûres pour les patients nécessitant des transfusions périodiques et risquant de produire une forte réaction immunitaire au sang transfusé.

L’équipe de recherche de la Société canadienne du sang œuvrant au centre de recherche transfusionnelle de l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, devrait bientôt effectuer des essais chez l’humain. Cette prochaine étape importante permettra d’établir la viabilité de ces glo-bules rouges en milieu hospitalier.